Dans tous les territoires dominés par les Normands, la sculpture en pierre ou plus fréquemment en marbre, essentiellement décorative, est toujours subordonnée aux formes architecturales ou insérée dans des contextes structurels plus vastes. Elle se caractérise par une extraordinaire variété des formes et des styles. En effet, cette période (1030-1200) coïncide avec un épanouissement exceptionnel de toutes les formes architecturales et plastiques. L'antique est partout l'élément unificateur mais chaque région a une manière bien à elle de puiser à la source d'un passé classique et paléochrétien, dont les vestiges eux-mêmes diffèrent en fonction des lieux.
Les formes élaborées par les tailleurs de pierre se réfèrent souvent aux réalisations des arts somptuaires, ivoires, tissus, orfèvrerie qui affluent en grand nombre à Amalfi et à Salerne, et dans les ports apuliens : Otrante, Brindisi, Bari... Ces micro sculptures en ivoire et ces précieuses réalisations sont régénérées par des oeuvres issues du monde méditerranéen elles-mêmes enrichies par certains motifs d'origine occidentale.
A côté de la Tête d'homme conservée à Messine qui fait référence à un modèle de portrait romain d'époque impériale, on trouve des iconographies directement inspirées de l'époque normande tel le combat de chevalier qui s'organise sur la corbeille du chapiteau de Montevergine.
Dans le centre et le sud de la Pouille apparaît toute une faune fantastique : lion, boeuf, bélier, éléphant, griffons. La robustesse et la monumentalité de ces sculptures leur confèrent une mission évidente de propagande politique ou morale. Les masques démoniaques des lions du chapiteau dit "des esclaves" provenant de la cathédrale de Bari sont dans la droite ligne de cette nouveauté stylistique vigoureuse. De même dans le chapiteau aux danseurs de l'église Sant'Andrea all'Isola de Brindisi, on note avec évidence les liens mêlés des modèles du nord de l'Europe et du langage plastique de tradition classique et byzantine d'Italie du Sud.
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