Gisant de Guillaume de Friardel

Pierre calcaire ; L. 2,20 m., l. 72 cm., H. 38 cm.,
Première moitié du XIIIe siècle,
Provenance : église du prieuré de Saint-Augustin, Saint-Cyr de Friardel (Calvados),
Commune de Friardel (Calvados).

 

Malgré le décalage chronologique, cette effigie de chevalier donne une bonne idée de la noblesse normande qui voit passer le duché de la souveraineté du Plantagenêt à celle du Capétien (1204).

L'homme représenté, étendu les yeux fermés et les mains jointes, est vêtu de son habit militaire. Une cotte de mailles lui couvre la tête et les mains. Sur la coiffe, un casque cylindrique, maintenu par des lanières croisées sous le menton, est garni d'un bandeau orné de pierres ou de rivets figurés en relief. Il porte des chausses de mailles bordées sous les genoux de motifs losangés et festonnés. Par dessus le haubert, sa cotte d'arme sans manches, aux plis droits bien marqués, est resserrée par un ceinturon à boucle rectangulaire (peut-être soutenait-il une épée aujourd'hui disparue). Le long de son côté gauche repose son bouclier en forme d'écu, aux armes de la famille de Friardel, trois coquilles d'argent sur champ de gueules.

L'oeuvre frappe par sa sobriété et par sa noblesse ; le sculpteur, tout en jouant avec la subtilité des détails, est parvenu à exprimer l'image idéalisée de l'homme parvenu au repos éternel.

Guillaume, chevalier, seigneur de Friardel, habitait le château qui dominait la vallée de l'Orbiquet à l'entrée du vallon où s'implanta le prieuré fondé peu avant 1222. Il mourut à la fin de l'année 1233 et fut enterré dans l'église en construction. Par tradition, en raison des importantes donations qu'il fit en 1231 et du rôle très actif joué par sa famille, il fut toujours considéré par les chanoines comme "premier fondateur de notre prieuré". Son gisant identifié et décrit aux XVe et XVIIe siècles, "Guillaume de Friardel l'ancien (...) dans le mur de la nef du costé de l'epistre", avait été enfoui dans le sol, vraisemblablement en 1790, après le transfert des corps des membres de la famille de Friardel dans la chapelle du château. En 1932, il fut mis au jour par la Société d'Etudes Historiques d'Orbec dans un enfeu à arc trilobé supporté par deux chapiteaux à crochets du deuxième quart du XIIIe siècle. Grâce à sa dépose en 1941, alors qu'il était complet mais brisé, il échappa aux bombardements de la Libération qui entrainèrent la démolition complète du prieuré. Il fut retrouvé en 1977 et restauré.

Sources : Histoire manuscrite du prieuré Saint-Cyr de Friardel, vers 1694 ; Mémoires historiques sur les chanoines réguliers, histoire du prieuré avant 1479.
Bibliographie : Lescroart-Cazenave, 1994.
Photo (c) Patrick David, Musée de Normandie, Caen.

Exposition : Trésors des abbayes normandes, 1979, n. 262.

E. Lescroart-Cazenave, conservateur du musée d'Orbec.


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