La conservation
La Restauration des collections
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Le laboratoire de restauration
Atypique dans le paysage des musées français, puisqu'il n'existe que très peu de structures semblables, le laboratoire est né en 1980, de la volonté d'assurer la restauration des dépôts de fouilles au musée, suite à la découverte de nombreux sites archéologiques autour de Caen. Toujours spécialisé en traitement d'objets archéologiques, il s'est aussi, depuis une dizaine d'années, diversifié en conservation préventive s'appliquant à toutes les collections archéologiques et ethnologiques du musée. Il fait partie du réseau des laboratoires de conservation restauration des biens culturels agréé par la Direction des Musées de France, Ministère de la Culture et de la Communication.
Dès leur mise au jour, beaucoup d'objets archéologiques se trouvent dans un état instable, et les plus fragiles d'entre eux sont rapidement menacés de disparition. Leur bonne conservation nécessite parfois une intervention de restauration, et toujours des mesures de conditionnement adaptées au type de matériau. Le rôle du laboratoire de restauration du musée de Normandie est d'intervenir à ces deux niveaux, afin d'aider les objets à supporter leur sortie de terre, de permettre leur étude par les archéologues et de les rendre compréhensibles aux yeux du public lors de leur exposition.
La restauration
La pratique de la restauration s'articule autour certaines règles : retrouver l'objet tel qu'il pouvait être lors de son utilisation ou de son abandon, augmenter les connaissances historiques et technologiques, ne pas porter préjudice à l'intégrité de l'oeuvre originelle. La lisibilité et la réversibilité de l'intervention sont essentielles, tous les produits de restauration utilisés au cours des divers traitements doivent avoir une stabilité dans le temps, une compatibilité avec l'objet et une réversibilité avérées et optimales.



Formation des restaurateurs
Les rares cursus d'enseignement supérieur français existent depuis plus de 25 ans. Par des enseignements théoriques et pratiques, ils forment les futurs restaurateurs à la connaissance des matériaux à traiter, à diagnostiquer les causes et les processus qui les altèrent, à savoir choisir les techniques de restauration les plus adéquates pour préserver, étudier et mettre en valeur les biens culturels.
Domaines d'intervention
Restauration des objets métalliques archéologiques
Dès la Préhistoire, l'homme a utilisé les métaux. L'objet métallique constitue, parmi les découvertes archéologiques, un des matériaux les plus difficiles à appréhender. Déformé, parfois totalement minéralisé après son séjour en terre et difficilement reconnaissable, il n'en reste pas moins matière et patrimoine archéologique, témoin d'une activité technologique, sociale et économique.
Les objets en fer sont issus de la transformation du minerai en métal, selon diverses techniques nécessitant un apport d'énergie considérable. Ils sont dans un état instable, sensibles à la corrosion dès leur création. Cette corrosion est un processus spontané et irréversible provoquant le retour de l'objet métallique à l'état minéral. Elle consiste en un ensemble de réactions physicochimiques créant des piqûres, cratères, fissures qui déforment complètement l'objet. Selon le milieu d'enfouissement, ce phénomène peut aboutir à la disparition totale du métal, l'objet n'étant plus constitué que de produits de corrosion.
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Plaque-boucle en fer, VIIe s.,
Manerbe (Calvados).
Au moment de sa sortie de terre. |
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A sa mise au jour, l'objet archéologique en fer est rarement identifiable. Des examens et analyses, préalables à toute intervention sur l'objet, comme l'examen visuel à l'oeil nu ou sous loupe binoculaire, la radiographie, permettent de faire un diagnostic de l'état d'altération et conduisent à diriger l'intervention. |
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La radiographie est un examen non destructif qui fournit une représentation de la constitution interne (structure, armature, assemblages) et de la surface de l'objet. Elle donne des précisions sur son contour réel,
l'étendue de la corrosion avec localisation des zones de fragilité (déformations, fissurations), la présence de différents matériaux comme le bois (manches de couteaux) ou d'autres métaux (décor d'argent ou de laiton), les techniques de mise en forme (coulée pleine ou creuse, défauts defabrication) et d'assemblage (rivets, soudure). |
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La radiographie, effectuée au Centre de Restauration Régional Normandie Patrimoine,
permet de visualiser le décor de damasquinure d'argent caché par la corrosion. |
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Stabilisation de la corrosion |
Les métaux archéologiques, enfouis dans la terre pendant des siècles,
se sont gorgés de composés chimiques instables provoquant de la corrosion active. Il faut les stabiliser pour empêcher les objets
de disparaître et permettre le traitement de restauration. Au laboratoire du musée de Normandie l'élimination des agents
de corrosion s'effectue au moyen de bains chimiques, durant plusieurs mois, pour éliminer en particulier les chlorures, éléments principaux de la corrosion active. |
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Traitement de stabilisation de la corrosion. |
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Restauration : nettoyage, consolidation, protection |
La restauration, qui a pour but de retrouver la forme et la surface d'origine de l'objet et de lui rendre sa lisibilité, consiste en différentes étapes qui varient selon la nature des matériaux et le type de corrosion : consolidation des parties fragiles, dégagement des surfaces d'origine par abrasion mécanique (scalpel, microtour ou microsableuse).
La dernière étape du traitement consiste à isoler l'objet des variations d'humidité par application de vernis ou de cire, pour lui permettre d'être exposé et manipulé. |

Plaque-boucle avant nettoyage. |

Plaque-boucle en cours de nettoyage :
le décor commence à apparaître. |
Restauration des objets céramiques archéologiques
Etroitement associée à la vie quotidienne des hommes depuis le Néolithique, la céramique représente le matériau le plus fréquemment retrouvé lors de fouilles archéologiques. Les poteries sont constituées d'une pâte d'argile à laquelle sont ajoutés des dégraissants minéraux ou végétaux qui permettent plus de tenue et de résistance lors de la cuisson. Elles sont très résistantes à leur environnement, mais sensibles aux chocs mécaniques et thermiques, elles se présentent majoritairement sous forme de tessons et d'objets incomplets.
| Collage
C'est une étape primordiale pour la suite du traitement puisqu'elle consiste à remettre en forme l'objet cassé. Cette opération s'effectue avec une colle entièrement réversible, sur des tessons qui doivent être propres, sans trace de terre, en s'aidant de rubans adhésifs pour maintenir les fragments en place le temps du séchage de la colle. Certaines céramiques trop lourdes ou trop fragiles nécessitent une consolidation interne en complément du collage. |

Céramique gallo-romaine, Bréville-les-Monts (Calvados). Avant restauration, la céramique est brisée en 97 fragments. |
Pichet, XIVe-XVe s., Grentheville (Calvados). À son entrée au laboratoire, cet objet avait déjà été collé, mais le collage avait cédé. Après recollage, les lacunes ont été entièrement rebouchées pour consolider l'ensemble. |
Bouchage
Les céramiques ainsi remontées sont souvent lacunaires, et dans ce cas, le bouchage de petites lacunes ou la restitution d'importantes parties manquantes sont effectués pour renforcer la stabilité et la résistance de l'objet ou pour lui conférer une meilleure lisibilité.
Les parties réintégrées doivent être discernables, de manière discrète, mais sans donner l'illusion d'une pièce intacte, car les cassures et manques font partie de l'histoire de l'objet qu'il faut respecter. Cette intervention se base sur les informations données par la céramique, sans "réinventer" sa forme.
Le traitement est réalisé avec du plâtre, en léger retrait par rapport à la surface des tessons et coloré en surface d'un ton plus clair que l'ensemble de l'objet. |

Tonnelet à eau de vie en grès, époque moderne, Château de Caen (Calvados). Après collage, le tonnelet se révèle très lacunaire. Un bouchage doit être effectué pour une meilleure lisibilité del'objet.
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Pichet |
Conservation préventine
Au-delà de la restauration qui s'attache à l'objet en tant qu'individu, la conservation préventive agit généralement sur la globalité des collections, de toutes natures et périodes historiques. Elle regroupe les actions qui s'intéressent plutôt à l'environnement de l'objet, en respectant des normes précises de température, d'humidité relative et de lumière, ainsi que des mesures de protection contre la poussière et les vapeurs toxiques, dans le but de diminuer les risques de dégradation, tout en prenant en compte la vie de l'objet au sein du musée (expositions, transports, photographies, études).
Les altérations
Le vieillissement et la dégradation des oeuvres sont des phénomènes continus et naturels qu'on ne peut totalement arrêter. Chaque objet a sa propre fragilité et réagit différemment aux facteurs de dégradation : certains matériaux comme le textile seront sensibles à la lumière, certains tel le métal le seront plus aux variations d'humidité, d'autres enfin comme le bois craindront les attaques d'insectes xylophages

Jupe en partie décolorée suite à son exposition

Sans conditionnement adapté, ce couteau en fer s'est altéré rapidement après sa sortie de fouille.
La conservation
On peut ralentir les effets altérations en agissant sur les causes des dégradations et en maintenant les collections dans des conditions adaptées à leur nature et à leur état, en salle d'exposition ou en réserve.

Ces grands vêtements sont suspendus sur des cintres rembourrés, à l'abri de la lumière et de la poussière. Les autres textiles en réserve sont entreposés à plat ou enroulés, en évitant tout pli. Pour les textiles exposés, l'intensité lumineuse sera la plus faible possible et les objets seront régulièrement renouvelés.
Le stockage des documents en papier (ci-dessous les affiches
et les billets
de confiance)
se fait à plat, dans des pochettes
adaptées à leur taille,
autant pour les
protéger
de la poussière que des manipulations.


Les verres archéologiques, gobelets ou perles, sont parmi les objets les plus fragiles des collections.
Ils sont
protégés des chocs, calés dans de la mousse
polyéthylène creusée à leurs dimensions.


Liens utiles :
- Réseau national de restauration des ateliers décentralisés
- Master de conservation-restauration des biens culturels
- Concours d'admission des élèves restaurateurs du patrimoine