Les nouvelles acquisitions

en 2001

Le Musée de Normandie vient d'acquérir une ensemble d'œuvres et d'objets collectés pendant près d'un demi-siècle par un collectionneur caennais, décédé en 2000.

Chercheur au CNRS, historien et ethnographe en Sologne et en Normandie (cf. sa thèse, La Sologne : contribution aux études d'ethnologie métropolitaine, Paris, Mouton, 1974), Bernard Edeine a accumulé nombre de témoins de la culture matérielle normande du XIXe siècle : mobilier, vaisselle populaire, céramique, objets décoratifs ou souvenirs.

Autour de 1960, par des dons et quelques ventes isolées, Bernard Edeine a déjà contribué au développement des collections du Musée de Normandie, avant sa première ouverture au public.

quatre corsages, 19e siècleAujourd'hui, une quarantaine d'œuvre intègrent le Musée de Normandie, parmi lesquelles quelques pièces exceptionnelles :
- une grande armoire en chêne de Hongrie, d'époque Régence, caractéristique de la région de Honfleur.
- un petit tableau, daté et signé de Xénophon Hellouin, qui fut directeur du Musée des Beaux-Arts de Caen à la fin du siècle dernier. Cette huile sur toile est sans doute l'une des représentations les plus anciennes des huttes sommaires qu'aménageaient les carriers à May-sur-Orne, dans le Calvados, pour se protéger des intempéries, lors du bouquet de Saint-Eloi, Normandie, fin du 19e siècleconcassage du grès ou de la fabrication des pavés.
- quelques belles pièces de costumes XIXe, gilets d'hommes et corsages en soie ou en coton imprimé.
- un huile sur toile de P. Gestin, représentant des pêcheurs de moules sur le ratier, à Honfleur. Là encore, c'est une jolie scène réaliste : à bord d'un bateau à voiles échoué sur la grève, un homme charge (ou décharge ?) des paniers d'osiers remplis de moules que lui porte un groupe de femmes en costume de travail.
- un imposant tonnelet en terre de Noron, signé et daté Auguste Moussel, Le Tronquay, 1876. Le potier, cherchant sans doute à réaliser une pièce unique (un chef d'œuvre ?) est parvenu à imiter avec soin un tonnelet en bois.
- Un chef d'œuvre de maréchal-ferrant, appelé aussi bouquet de Saint-Eloi. Constitué de douze fers à cheval et signé F. Turgis en son centre, il est représentatif de ces pièces qui, servant ensuite souvent d'enseignes, étaient réalisées par les artisans du métal pour montrer leur habileté.

P. Gestin, Pêcheur de moules sur le Ratier, Huile sur bois, 1895 X. Hellouin, Huttes de carriers à May-sur-Orne, 1878 Auguste Moussel, tonnelet en grès, Le Tronquay, 1876

 

Trousseau de mariage
Pays d'Auge, vers 1920.

La maison d'habitation de la minoterie, reconstruite vers 1910En 2000, le Musée de Normandie a mené une enquête ethnographique au Mesnil-Mauger, dans le Pays d'Auge, auprès des descendants d'un minotier normand, Gaston Busnel, qui fit fortune à la fin du XIXe siècle et dont les activités se sont poursuivies au-delà de son décès, en 1957 (la minoterie n'ayant définitivement fermé ses portes qu'en 1976).

Au-delà des témoignages recueillis, l'enquête a permis l'achat d'une armoire contenant un trousseau de mariage et a suscité le dépôt au musée, par la famille, Diplôme du Mérite Agricole, décerné à Gaston Busnel en 1913de nombreux autres objets et documents : livres de comptes de la minoterie (1890-1949), factures diverses, belles plaques en tôle servant de pochoirs pour les sacs de farine, archives familiales (photographies, diplômes de communion, diplômes professionnels, etc.).

Ce trousseau de mariage fut constitué par l'épouse de Gaston Busnel, Marie, née Lemarchand, qui veilla toute sa vie à y maintenir toutes les pièces en ordre, pliées et disposées selon un ordre rigoureux sur les étagères de l'armoire. Sa fille, puis sa petite-fille ne se sont elles-mêmes jamais servi du linge conservé dans cette armoire. L'ensemble a donc été découvert, il y a quelques mois, dans l'état qui était le sien à la mort de Marie Busnel, en 1969.

Le trousseau de Marie Busnel : détail d'une étagèreCe trousseau comprend plus de deux cent cinquante pièces de grande qualité : draps et taies d'oreiller, nappes et serviettes, mouchoirs, chemises et quelques jupons. Toutes les pièces de linge de maison sont chiffrées aux initiales de la famille (ML, BL ou GB selon la nature des pièces), et les bordures exécutées à la main.
Le trousseau de Marie Busnel : vue d'ensembleCe travail, particulièrement soigné, témoigne de l'aisance dans laquelle a vécu sa propriétaire, fille d'instituteur puis épouse d'un minotier qui a su, au tournant du siècle, transformer une modeste entreprise artisanale en une minoterie industrielle très rentable, dont la clientèle s'étendait bien au-delà des environs de Saint-Pierre-sur-Dives.
L'armoire, achetée au début des années 1920 chez un marchand parisien, en est elle aussi la preuve : si elle ne présente aucun caractère régional, elle est cependant finement décorée d'une marqueterie de bois ; mais son intérêt réside davantage dans le fait qu'elle est, depuis son acquisition, intimement liée à son contenu.

Bibliographie :
Patrick Prado et Anne Tricaud, Passeurs de linge : trousseaux et familles , RMN, 1999
Françoise de Bonneville, Rêves de blanc . La grande histoire du linge de maison, Flammarion, 1993.
Olga Verschoor, Les trousseaux du temps jadis , Hatier, 1996

 

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