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Présentation de l'exposition
La Normandie fut dès le début du XIXe siècle une des destinations privilégiées des touristes. La longueur de ses côtes, la qualité de son air iodé et sa proximité de Paris firent rapidement de quelques villages de pêcheurs normands des stations balnéaires huppées, telles Dieppe ou Trouville.
Depuis la seconde guerre mondiale, la Normandie continue d'attirer un vaste public. Sa position aujourd'hui très confortable dans l'économie du tourisme ne dément pas sa réputation de région touristique. Son patrimoine architectural, les châteaux de Guillaume Le Conquérant, les abbayes de la Vallée de la Seine, le Mont-Saint-Michel ou la Tapisserie de Bayeux, les plages du Débarquement, la présence de très nombreuses résidences secondaires et encore une fois sa proximité de Paris mais aussi de Londres, de Bruxelles et d'Amsterdam constituent des atouts à son fort pouvoir attractif.
Première région touristique française, il était important de consacrer une exposition de synthèse sur la genèse et la pérennité de la Normandie comme terre de loisirs, réunissant des collections parfois insolites, souvent méconnues, de Normandie orientale et occidentale, mais aussi d'Angleterre, berceau de la mode balnéaire et des loisirs en Europe au XVIIIe siècle.
Ainsi, l'épopée des bains de mer, le temps du divertissement et du sport dans les stations balnéaires et thermales, l'urbanisation du littoral, la découverte du territoire grâce aux moyens de transport et à l'excursion, et l'industrie du souvenir sont les grands thèmes de l'exposition, retraçant deux siècles d'histoire du tourisme en Normandie.
I- Les vertus de l'eau
 Au XVIIIe siècle, en Angleterre, de nouvelles pratiques thérapeutiques liées à l'eau bouleversent les mentalités et les flux de voyageurs. Les villes d'eaux connaissent un engouement sans précédent, fréquentées par toute l'aristocratie et la haute bourgeoisie. C’est sur leur modèle que se développent au siècle suivant les premières stations balnéaires anglaises, dont les noms prestigieux résonnent encore : Scarborough, Brighton, Weymouth, Margate … Cette mode s’exporte Outre-Manche et inscrit de manière indélébile une nouvelle ère de loisirs sur la côte normande.
Comme en Angleterre, les premières destinations de villégiature normandes sont les stations thermales : Forges-les-Eaux (Seine-Maritime), et Bagnoles-de-l'Orne (Orne). Puis, suivant l’exemple anglais, on découvre les bienfaits thérapeutiques de l'eau de mer, qui sont à l'origine des foules attirées chaque année sur les plages. Le bain de mer est en effet préconisé dans le traitement de certaines maladies ou affections : la rage, l'anémie, la dépression, l'asthme... C'est en raison de sa santé fragile que Proust est envoyé à Cabourg vers 1880. Le bain marin est un fortifiant. La publicité s'en fait l'écho : Le frais varech de Luc-sur-mer, tel un bain de jouvence, rajeunit le vieillard et fortifie l'enfance.
Les établissements de bains sont souvent les premiers édifices construits sur la grève, les bains étant pris soit dans la mer, soit dans l'établissement de bains. Tout au long du XIXe siècle, le bain est une véritable épreuve, au cours de laquelle le corps est immergé de manière entière et soudaine afin d’en augmenter les effets bénéfiques. Mais de supplice, le bain devient peu à peu un véritable plaisir, et l’apprentissage de la nage, au début du XXe siècle, le libère des « guides-baigneurs », auparavant indispensables.
II- urbanisme et architecture des stations thermales et balnéaires

Dès le milieu du XIXe siècle, le plaisir de l’eau s’immisce dans le traitement thérapeutique. On prend beaucoup de plaisir à quitter la ville le temps de l’été et à séjourner dans une station à la mode. Il faut donc organiser ces nouvelles villes et répondre au flux saisonnier de l’arrivée et du départ des baigneurs-vacanciers, aménager la plage, construire des promontoires romantiques et des digues pour le plaisir de la promenade et le spectacle de la vue, offrir des gîtes confortables et des lieux de divertissements.
Certaines stations se développent autour d'un village ancien, comme Trouville, dont les balbutiements touristiques marqués par la fréquentation du peintre Charles Mozin datent des années 1820, ou Granville, cité corsaire, où les premiers baigneurs sont également attestés au tout début du XIXe siècle. D’autres stations sont créées ex nihilo, œuvres de promoteurs immobiliers qui font le bonheur des spéculateurs. Deauville est sans doute l'exemple parfait de la « station intégrée », qui naît en 1859, sous l'impulsion du Duc de Morny grâce à une société immobilière composée de banquiers et d'hommes d'affaires.
On peut parler des stations thermales et balnéaires comme de véritables laboratoires de création architecturale aux XIXe et XXe siècles. La construction de villas particulières et d'hôtels, d'établissements publics comme les casinos et les établissements de bains de mer, sont autant d'occasions de proposer de nouvelles formes architecturales, plus ou moins ostentatoires. L'éclectisme des styles imprègne les constructions ; les influences mauresques, suisses, italiennes ou classiques se côtoient sur les digues. Le style néo-normand voit le jour. Bienqu'entouré de multiples expressions architecturales, il symbolise encore l’âge d'or de la villégiature balnéaire.
III- Le temps du loisir
Si la raison première du déplacement en villégiature dans les stations thermales ou balnéaires est le soin apporté par la cure, le temps consacré aux bains n'est pas suffisant pour remplir la journée du vacancier. Le bain devient même souvent prétexte aux mille divertissements qu'offrent les stations, entre recherche du plaisir et mondanités. Lieu-phare de la station, le casino incarne le temps du loisir. Les jeux d'argent ne constituent qu'une part finalement bien mince de tout ce que peut proposer un casino : élégant lieu de restauration et de rencontre, dancing, salle de spectacles, théâtre, concerts mais aussi siège du syndicat d'initiative dans certaines stations…
Le temps libre de la villégiature ou de la cure devient au XIXe siècle le moment privilégié pour mettre en scène le corps. Le sport moderne, d'origine anglo-saxonne, trouve une de ses plus belles expressions dans les stations balnéaires ou thermales. Faire ou voir du sport constitue des obligations mondaines : courses de chevaux et courses automobiles, tennis, golf, polo, tir… Chaque station ou grand hôtel digne de ce nom se doit de mettre à disposition des clients courts de tennis ou terrain de golf à proximité. La renommée de Deauville tient aussi dans son appellation revendiquée de « station des sports » ou « plage de l'automobile ».
IV- A la découverte du territoire

La position de la Normandie à mi-chemin entre Paris et l'Angleterre, son climat, ses kilomètres de côtes, en font la destination privilégiée des voyageurs et premiers baigneurs. L'essor du tourisme a bien sûr été accompagné par cette formidable invention du XIXe siècle, le chemin de fer, de la première ligne reliant Paris à Rouen, puis au Havre en 1847 et la mise en place des « trains de promenade » jusqu’aux trains « de bains de mer » desservant Dieppe, Etretat, Trouville, et Granville à partir de 1897.
L'amélioration des moyens de transport ne se réduit pas au chemin de fer. Le vélocipède puis l'automobile donnent au tourisme son caractère individuel et sa liberté. Le rôle du Touring Club de France et de l'Automobile Club de France est à cet égard décisif. C'est souvent à l'initiative de ces associations de particuliers que les pouvoirs publics aménagent les routes et améliorent la signalisation pour que l'ensemble du territoire puisse être parcouru confortablement.
 L'autocar et l'automobile permettent une nouvelle approche du territoire, une découverte de tous ses recoins, symbolisée par cette activité éminemment touristique : l'excursion, souvent orchestrée par les syndicats d'initiative qui apparaissent au tout début du XXe siècle. Connaître les sites et paysages incontournables, découvrir les œuvres majeures du patrimoine religieux ou civil, assister aux fêtes locales pour découvrir la population, telles sont les « obligations » du touriste.
La lecture des affiches touristiques nous donne un aperçu de la richesse du patrimoine normand : le Mont-Saint-Michel bien sûr, mais aussi les abbayes de la vallée de la Seine et le patrimoine des villes, les paysages idylliques faits de vaches paissant
sous les pommiers en fleurs, les villages pittoresques, les lieux de pèlerinage comme Lisieux célébrant Sainte-Thérèse, et surtout, depuis quelques décennies, les plages du Débarquement et les sites de la Bataille de Normandie, qui présentent un attrait touristique indéniable.
C'est aussi grâce à la qualité de son patrimoine naturel, historique et artistique que la Normandie s'est imposée comme région touristique internationalement connue.
 V- Images à vendre
A partir de la fin du XIXe siècle, les affiches touristiques éditées par les compagnies de chemin de fer jouent un rôle prépondérant dans la diffusion de l’image de la Normandie comme destination de tourisme. Puis, la naissance des syndicats d'initiative au début du XXe siècle ouvre une nouvelle ère dans l'iconographie touristique, celle de la profusion des images et de la multiplicité des supports : affichettes, affiches, dépliants, programmes, brochures, etc, sont autant de traces matérielles qui participent à la connaissance et l’écriture du tourisme en Normandie.
L'image de la région ou de la station balnéaire accompagne aussi le villégiateur ou vacancier de retour dans son habitation principale. C'est le rôle de l'objet souvenir. Connus de tous et souvent dévalorisés en raison de leur faible valeur esthétique, ces objets peuvent être de nature très diverse. Le plus commun est sans doute la carte postale : créée à Vienne en 1869, elle arrive en France en 1870, et son succès en fait encore aujourd'hui un élément indissociable du tourisme.
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